Compte-rendu sortie Forêt de la Ligne d'Equerre
Samedi 22 mars 2025, au Tampon, du côté de Bérive
Proche de la limite est de la commune du Tampon (marquée par le lit de la Ravine des Cafres), cette forêt résiduelle de l’étage mégatherme hygrophile de moyenne altitude, occupe un petit talweg entre 800 et 900 mètres d’altitude. Le cours d’eau qui la traverse sur un kilomètre à peine rejoint, au final, le Bras Martin, lui-même affluent indirect de la Rivière d’Abord. Il est si petit qu’il semble qu’on ne lui ait pas donné de nom. Une douzaine d’Amis et amies de l’Université s’y sont retrouvés samedi 22 mars, équipés de bonnes chaussures et protégés d’une fine bruine rafraîchissante, pour un parcours tout-à-fait dépaysant à quelques mètres à peine des premières maisons de la Ligne d’équerre .
Quant au nom de Ligne d’Équerre, il est lié au découpage du chemin vicinal qui rejoint, en amont, après un virage en angle droit, le chemin de Maison blanche.
Les Ami-es ont eu la chance de voir le minuscule ruisseau couler allègrement d’une eau claire et pure le long de leur parcours : on traverse trois ou quatre fois, sans difficulté et sans se mouiller les chaussures cet affluent du Bras Martin.
La minuscule planèze qui s’étend entre le bras Leclerc et la ravine des Cafres était encore couverte d’une forêt de bois de couleur en 1816. Elle est défrichée à partir des années 1840 (?) et plantée en cannes à sucre sur un sol brun fertile, au moment de l’expansion sucrière dans cette zone, peut-être par Deheaulme, et sûrement sous Gabriel Le Coat de Kerveguen. A cet endroit, les cannes ont alimenté le petit domaine de Maison Blanche, et la sucrerie de Bel Air, au lieu-dit Terrain Fleury-La Pointe, 400 mètres plus bas, et quatre kilomètres plus loin, à vol d’oiseau. Deux images comparatives extraites de la couche « Remonter le temps » sur le site de l’IGN (Institut Géographique National : Géoportail) montrent que la forêt d’origine s’étalait sans doute sur toute la largeur de la pente, entre Ravine des Cafres et le Bras Leclerc ; elle fut bien défrichée pour une extension aux extrêmes limites d’altitude (jusqu’à 900 mètres!) en faveur de la culture de la canne à sucre.
A partir de la vente des propriétés Kerveguen en 1920 à la Société foncière Maurice-Réunion limited, les terrains sont rachetés par Charles Roussel, propriétaire terrien et membre du premier conseil municipal du Tampon au moment de la création de la commune en 1925. Le terrain est revendu par la suite à une autre famille de propriétaires, les Benard, puis fait l’objet d’un découpage foncier au profit de familles de colons et de planteurs sous l’égide de la SAFER1, après la départementalisation de 1946. Les terrains adjacents sont encore, pour certains d’entre eux, propriétés de la famille Isautier.
Pour la suite, un ancien article du Quotidien rappelle que « Dans les années 60, Michel Grondin, agriculteur, devient propriétaire du site. S’il défriche pour exploiter les terrains, il préserve amoureusement cette forêt que nul bulldozer n’effleurera. Il y a quelques années, à l’heure de la retraite, il cède la forêt à la mairie du Tampon qui entreprend alors de l’aménager intelligemment, c’est à dire d’y créer des sentiers, en enlevant les espèces invasives (raisin marron, bringellier, goyavier…) pour permettre aux espèces « nobles » d’y prospérer sans entraves. Disons le sans détour : c’est un jardin extraordinaire où l’on évolue entre des troncs de bois d’olive centenaires, des affouches, des tans georges, des bois maigres… »
https://www.lequotidien.re/loisirs/foret-de-la-ligne-dequerre-le-sentier-de-la-foret-miraculee/
Aujourd’hui, le site est classé à l’inventaire en ZNIEFF de type 1 : c'est une zone recelant un patrimoine naturel fort (en vert sur la carte jointe). C’est un territoire correspondant à une ou plusieurs unités écologiques homogènes. Elle abrite obligatoirement au moins une espèce ou un habitat remarquable ou rare, justifiant d’une valeur patrimoniale plus élevée que celle des milieux environnants. Ces espèces ou habitats sont alors qualifiés de « déterminants ».
(définition sur le site de la DEAL de la Réunion : https://www.reunion.developpement-durable.gouv.fr/)
Attention : le classement en Zone naturelle d’intérêt écologique floristique et faunistique n’est pas équivalent à un arrêté de protection. Cela attire juste l’attention des pouvoirs publics sur l’existence de cet espace. Dans le cas de la forêt de la Ligne d’équerre, la protection reste à faire, comme cela a été le cas pour le Piton Montvert, par exemple, autre espace remarqué en ZNIEFF de type 1, mais classé Espace naturel sensible, et dont la protection est prise en charge par le Département de La Réunion.
C’est pourquoi les Ami-es y ont buté quasiment à chaque pas sur de jeunes plans de toutes espèces d’arbres endémiques (voir liste établie et mise à jour par Nicole Crestey), protégés par l’ombre plus que centenaire de leurs aînés : de majestueux bois d’olive, tan Georges, change-écorce, bois de joli coeur, entrelacés de lianes, dont la surprenante liane de clés.
Cependant, il est vraiment dommage que la lutte contre les espèces invasives, aussi bien que l’entretien du sentier fassent défaut. Ce petit bout de forêt encore à peu près intact nous a montré sa remarquable vivacité, en matière de renouvellement : le nombre de jeunes plants d’arbres endémiques est impressionnant. Mais sont tout aussi vivaces les plants de goyaviers, la vigne marrone, ou les lianes de passiflore !
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liste Ligne d'Equerre 2025.pdf
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